La ville c’est des collectifs neufs
derrière un talus par dessus le mur au West lointain
au bord d’un parc
ceux qui tanguent sur des fils tendus entre des érables jaunes
celle qui jongle sous un érable rouge
celui dont le visage porte le temps du Sacré-Cœur lorsqu’il était encore posé sur la terre
La ville c’est l’écume d’un jour de Sabbat
Des vapeurs échappées où se déploient des visions périphériques
courent des fées, un renard et quelques enfants de la légende
jusqu’au marécage pris dans le creux d’un rond point
des lentilles au fond du chaudron de Baba Yaga
sa pupille
et frémit sa narine de tous les sentir là affluant depuis les lanières de ses grands airs
et vrombit l’écho de sa voix jusqu’au soir parmi les barres élevées sur trois pieds
Baste là
Et ça recommence
La ville c’est un tapis, une cour, un hangar au fond de la cour
un tunnel ouvert au ciel de Saturne déroulant ses anneaux en orbes cosmiques
combien de terrains marqués de toutes les limites des jeux
où fusent les souvenirs des balles lancées dessinant en courbes les propriétés de passage
Au sortir des astres
Tu t’assois parfois au bord de mes voies
Ô Sainte Rita
Rita du lacis des routes démêlé par la peinture des hommes
Que tes yeux peints en silence tracent le grain de mon asphalte
et que pleure toujours le flot continu des voitures dans les veines de la ville
que roulent les courses de mes vies sous leur gomme farouche
Ô Sainte Rita
Fais affluer les salives étrangères sur ma langue vernaculaire
Que je sois le cœur et que tu sois la pulse de mes artères d’où s’échappe le drapeau de l’orgueil
Et souviens-toi
dans tous ces instants où nous comptons nos marges
où nous stagnons au fond de nos marécages
où nous figeons la venue des sourciers par des droits à la propriété dégénérée
Sainte Rita des rubalises
Pour mon bitume fais revenir les grands chamans
Que les bitures lavent ma crasse
Que les siècles des siècles en frissons dans ta chaire passent
Et souviens-toi
de ce temps-là où pieds à pieds où pas à pas
où se déroulait de mois en mois
Quoi ?
Souviens-toi du temps où nous étions nomades
Texte passé par « Périphérique intérieur », Urbain, trop urbain, éd. Wildproject, 2014,
et sous une forme proche par la performance « Les légendes périphériques », Centre culturel Bonnefoy, Toulouse, octobre 2014.